Et puis il y a ceux dont la valeur se mesure au poids de l’Histoire.
À Avranches, derrière les murs de la basilique Saint-Gervais, se cache l’un d’entre eux.
Un trésor aussi discret que fascinant : le crâne présumé de saint Aubert, évêque d’Avranches et homme à l’origine de l’une des plus extraordinaires histoires de notre patrimoine… celle du Mont-Saint-Michel.
Nous sommes au début du VIIIe siècle.
Selon la tradition, l’archange saint Michel serait apparu à plusieurs reprises en songe à Aubert, lui demandant d’édifier un sanctuaire sur ce rocher que l’on appelait alors le Mont Tombe.
Aubert aurait douté.
Alors, lors d’une troisième apparition, l’archange aurait posé son doigt sur le crâne de l’évêque pour le convaincre définitivement.
La légende était née.
Et plus de treize siècles plus tard, le crâne conservé à Avranches porte toujours cette étonnante perforation.
La science, elle, raconte une autre histoire : les analyses ont attribué cette ouverture à une affection osseuse bénigne. Mais la datation de la relique nous ramène bien à l’époque où vécut Aubert.
Et c’est peut-être cela qui rend l’endroit encore plus troublant.
Parce que derrière la légende, il reste un homme.
Derrière le reliquaire, une histoire vieille de treize siècles.
Et à quelques kilomètres de là, posé au milieu de sa baie… le Mont-Saint-Michel.
Photographier un tel objet n’est donc pas simplement photographier une relique.
C’est se retrouver, l’espace de quelques instants, face à l’un des témoins les plus anciens d’une histoire qui allait donner naissance à la Merveille.
Je suis entré dans la basilique Saint-Gervais pour en photographier la beauté.
J’en suis ressorti avec le sentiment d’avoir photographié un petit morceau d’éternité.
